Qui est l’Homme ?
Cette question inquiète le monde moderne, qui a avancé à son sujet d’innombrables réponses.
L’homme est un penseur, un artisan, un créateur, mais il est aussi oppressé par un conditionnement économique, psychologique et social…
Certains le considèrent comme appelé constamment à se dépasser; se souvenant de tous les résultats de l’histoire et de la culture, ils rêvent de conquérir les étoiles grâce à la technologie, ou imaginent un univers de paix et de prospérité.
D’autres, au contraire, observent les horreurs qu’ils a commises dans sa longue histoire : exploitation des faibles, guerres, assassinats, esclavage.
La discorde a aggravé la cruauté de l’homme dans son rapport avec le prochain, et a aussi augmenté la pollution de l’environnement naturel. Il souligne d’autre part son incroyable incapacité à expliquer tant ce qu’il est que ce qu’il veut.
De nombreuses études ont consacré beaucoup de temps et d’énergie à la recherche de la vérité sur l’homme, et n’ont pas réussi à s’accorder. Dans le monde moderne, on a d’ailleurs l’impression que les philosophes ont renoncé à l’espérance de la vérité, considérant chaque théorie comme un rideau de fumée qui couvre les instincts les plus fondamentaux et les plus irrationnels de l’homme. Ce dernier peut atteindre les étoiles, mais n’arrive plus à vivre en paix dans sa propre famille.
Tous les hommes désirent le bonheur, mais ils ne réussissent pas à se mettre d’accord sur ce qu’il représente, et ils semblent surtout incapable de l’atteindre.
Nous voyons l’homme dans sa gloire et dans sa misère. Hamlet reconnaissait la contradiction que l’homme était pour lui même : “ Quel chef d’œuvre est l’homme ! Si noble en sa raison, infini dans ses facultés ! De formes et de mouvements si expressifs, si admirables ! En action, pareil à un Ange ! D’entendement, pareil à un Dieu ! Joyau du monde ! Sommet de la création !… Ah ! qu’est pour moi, pourtant cet agrégat de poussière ? (Hamlet, Acte II, scène II).
L’homme est composé de gloire et de misère, de Vie et de Mort. Mais sa gloire est-elle une simple arrogance et sa misère un simple aiguillon pour croître ? Pascal s’exprima, lui aussi, sur le dilemme de l’homme : “Quelle chimère est-ce donc que l’homme ? Quelle nouveauté, quel monstre, quel chaos, quel sujet de contradiction, quel prodige ! Juge de toutes choses, imbécile ver de terre dépositaire du vrai, cloaque d’incertitude et d’erreur : gloire et rebut de l’univers. Qui démêlera cet embrouillement ? “ (Pensées, Br. nº 434).
Les hommes ont donc besoin de réponses à leurs questions sur le sens de l’existence. Sans elles, tout espoir d’agir unanimement vers un but commun semble exclu, et la base de la coopération civile détruite.
Si le pluralisme idéologique reste insurmontable, on débouchera sur un conflit sans fin, ou bien un groupe idéologique proposera finalement sa vision aux autres.
Sans la lumière de la raison, les hommes s’égareront dans une forêt toujours plus obscure.
L’homme reste donc un mystère pour lui-même.
S’il doit compter seulement sur lui pour se comprendre, il est condamné à l’insatisfaction. Son mystère ne peut être compris qu’à la lumière d’un Mystère plus grand. Aussi les hommes ont-ils toujours regardé vers Dieu afin de répondre aux questions qu’ils se posent sur eux-mêmes.
Laurent Andréïévitch Samarine
